Villes: ces taxis qui nous transportent

Dans le parc de petites voitures jaunes, on trouve un peu de tout : des véhicules en bon état aux guimbardes surannées.

« Hep, taxi 600 Mendong », hèle une dame accompagnée de deux enfants en bas âge au lieu dit Avenue Kennedy. La dame n’en peut plus d’attendre sous le soleil de plomb qui darde ses rayons en cette mi-journée du samedi 8 octobre 2016. C’est donc avec soulagement qu’elle s’empresse vers le taxi ayant accepté sa proposition. Mais au moment de monter à bord, l’aîné de ses gamins, trois ans environ, freine des quatre fers. Effrayé par l’habillage aux longs poils d’un jaune criard des sièges, le bambin pousse de hauts cris. La scène qui fait sourire tous les passants n’est qu’un aperçu des désagréments auxquels sont confrontés les usagers des petites voitures jaunes.

C’est que dans ce monde, on n’est jamais loin de mauvaises surprises et autres désagréments. Entre les toiles d’araignée qui vous accueillent et enveloppent tout au long du trajet, les cafards qui sautent dans vos sacs ou vous explorent sous les vêtements, les gaz d’échappement qui finissent dans l’habitacle manquant de peu d’asphyxier les occupants, les sièges brinquebalants, les portières qu’il faut claquer bien fort sinon… les habitués des taxis en perdent leur latin. « Certains taxis sont de véritables tas de ferraille bons pour la casse. Celui que j’ai emprunté l’autre jour n’avait plus d’amortisseur du tout. On avait l’impression d’être assis sur un morceau de bois. Par ailleurs, il fallait faire extrêmement attention au plancher qui présentait de gros trous. Moindre erreur, vous voilà traînant sur le goudron », assure une dame. 

Un haut cadre d’administration avoue avoir perdu un costume neuf dans l’un de ces engins. « La banquette arrière sur laquelle je m’étais assis était recouverte d’un skaï déchiré qui a accroché mon pantalon. Je suis arrivé le popotin à l’air à ma destination », explique le jeune homme. Les vêtements des dames salis à l’arrière, les égratignures et blessures autrement plus graves ne se comptent donc plus. « En saison des pluies comme c’est le cas en ce moment, il faut méticuleusement choisir son taxi pour ne pas se retrouver sali. Beaucoup de taxis n’ont plus de vitre aux fenêtres, de loquet pour ouvrir les portières ou manivelles pour lever et baisser les vitres quand elles existent. Et à la moindre plainte, le chauffeur qui veille sur ses 250 F vous remet vertement à votre place en vous suggérant d’acheter votre voiture », témoigne une habituée de ces véhicules. 

Heureusement que des voitures à peu près neuves existent aussi dans ce parc. « Je suis propriétaire du taxi que je conduis. Je ne fais pas plus de deux ans avec une voiture. Dès que je rentre dans mes frais et bénéfices, je la vends et j’achète une en bon état. C’est la qualité de mon taxi qui a fait ma réputation. Du coup, je suis généralement sollicité par des responsables et je fais beaucoup de courses : ce qui paie très bien », avoue Dieudonné Bangou, chauffeur de taxi depuis 20 ans à Yaoundé.

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