Une opportunité à saisir

COMMENTAIRE.

Intervenant à quelques jours de la rentrée scolaire, la décision du chef de l’Etat ordonnant l’arrêt des poursuites judiciaires contre certaines personnes interpellées dans le cadre des violences survenues dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest apparaît comme un véritable bol d’air frais dans un climat rendu lourd par des actes de défiance et d’autres positions tranchées qui avaient tendance à engendrer un blocage de fait. Avec des menaces récurrentes sur le retour à l’école en zone anglophone, l’opinion, dans toutes ses composantes, était dans une sorte d’expectative, partagée entre les urgences de l’heure et la peur du lendemain. C’est dans ce contexte qu’est  intervenu le geste de magnanimité du président de la République  qui traduit une volonté d’apaisement là où beaucoup semblaient s’accommoder de  la confrontation et de la surenchère permanentes. En choisissant la voie du dialogue pour régler un problème qui avait tendance à s’enliser, le président Biya est resté fidèle à une logique inébranlable qui légitime sa posture de père de famille prêtant une oreille attentive aux bruits et fureurs de la maisonnée,  sans se départir pour autant de ses missions régaliennes concernant la préservation de l’ordre social.

La plupart des personnes relâchées ayant été interpellées à la suite des nombreuses exactions remettant en cause l’autorité de l’Etat et les vertus du vivre-ensemble, on aurait tort d’oublier, dans l’euphorie communicative qui accompagne leur remise en liberté, que des actes graves ont été posés au nom de certaines convictions remettant en cause des valeurs chères à la République. Certaines images fortes concernant par exemple la profanation du drapeau national, l’attaque des bâtiments publics et des représentations diplomatiques à l’étranger, l’incendie des établissements scolaires ou l’agression sur des jeunes apprenants, ont été largement relayées par des médias et réseaux sociaux, donnant du Cameroun l’impression d’un espace de passe-droit où tous les coups sont permis pour exprimer sa colère ou sa désapprobation. Au mépris des lois et règlements de la République qui doivent s’imposer à tous les citoyens sans discrimination et sans exclusive. D’où la fermeté affichée auparavant par le gouvernement qui n’avait pas hésité à mettre à la disposition de la justice les auteurs des actes répréhensibles, dans l’optique de « la préservation de la paix, de la stabilité et de la concorde. »  Loin d’être un fait isolé, le geste présidentiel est la suite logique d’autres mesures prises auparavant en vue d’apporter des réponses appropriées aux revendications exprimées par les ressortissants des deux régions concernées. Sans préjuger de rien, on peut tout de même supposer que cette nouvelle donne marque une évolution inespérée, participe de la décrispation et devrait logiquement contribuer à calmer les esprits.

   Il faut  toutefois savoir raison garder, bien que l’heure soit à l’accalmie dans une perspective de rémission des positions antagonistes. Dans la mesure où le geste fort du chef de l’Etat n’entame en rien sa détermination à « combattre sans relâche les ennemis de la paix, les chantres de la division » et tous ceux qui portent atteinte aux règles communes ainsi qu’aux valeurs partagées qui fondent la particularité du Cameroun dans le concert des nations. Autant dire que l’arrêt des poursuites judiciaires ne saurait être interprétée ni comme un signe de faiblesse, ni comme la voie ouverte à l’impunité sans borne. C’est plutôt une main tendue à serrer, une opportunité à ne pas manquer si on veut renouer durablement les fils distendus du dialogue. C’est ici que la responsabilité des « graciés » est interpellée. Les éventuels récidivistes devraient réfléchir par deux fois, pour ne pas gâcher cette belle occasion historique. Au risque d’instiguer un retour en arrière lourd de conséquences.

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