L’école a repris dans les villes, où les populations ont surmonté la peur. Les forces de l’ordre veillent.
Derrière ses lunettes à double foyer, Brian, élève en Upper Six au Bilingual Grammar School de Buea, pose sur vous un regard timide, qui contraste avec sa carrure.
L’adolescent vient de prendre part au rassemblement ce lundi 27 novembre en matinée, comme des centaines d’autres élèves, qui ont chanté l’hymne national sous les premiers rayons d’un soleil prometteur.
« La situation s’est normalisée depuis ce mois de novembre, glisse-t-il en prenant le chemin de sa salle de classe. Maintenant, pour nous, c’est OK. »
Le témoignage de ce futur candidat au GCE Advanced Level corrobore ce que les reporters de CT ont pu constater à Buea plus tôt le même jour : des écoliers et élèves arpentant les rues, que ce soit à Bongo Square, à Clark’s Quarter ou vers Molyko, pour se rendre à l’école.
Et, contrairement à un tableau visible au plus fort des tensions, il y a quelques semaines, ces enfants arboraient leurs uniformes scolaires. C’est dire si la peur de se faire molester en allant à (ou en rentrant de) l’école s’est dissipée.
L’esprit mieux disposé, les élèves peuvent retourner à leurs chères études.
En bonne place des choses apprises en ce premier jour de la semaine, des valeurs.
Outre le respect du drapeau, l’amour de la patrie, les jeunes garçons et filles du lycée bilingue de Molyko-Buea ont appris qu’il faut savoir tenir sa langue. « C’est avec elle que nous disons de bonnes choses, ou pas. Où que nous soyons, sachons contrôler notre langue », dira l’homme d’église en charge de cette leçon collective.
« Nous connaissons tous l’importance de l’éducation », explique Dr. Mbua Hannah Etonde, la principale du lycée. Le chef d’établissement dit toute sa satisfaction pour la reprise des classes, et exprime sa gratitude envers les forces de maintien de l’ordre qui montent la garde « 24 heures sur 24 » au sein du lycée.
Autre lieu, et ambiance tout aussi sérieuse, studieuse. Les enseignantes présentes à la Government Nursery School de Likoko Membea ont affaire à des apprenants enthousiastes. Dans une salle, les enfants apprennent à prononcer les lettres de l’alphabet en dansant. Une méthode pour laquelle les institutrices mettent du leur, à pas cadencés.
Des différentes classes s’élèvent des voix cristallines, ondulant à mi-chemin entre le rire et le cri.
« Pendant la première semaine de septembre, nous avons enregistré environ 10 enfants. Aujourd’hui, nous en sommes à plus de 100 », explique une enseignante, qui se réjouit aussi de la présence des gendarmes, « que les enfants ont appris à ne plus craindre ».
Les effectifs devraient encore croître, le temps que certains parents, « encore effrayés », ramènent leurs gosses à l’école.
Au célèbre St Joseph’s College de Sasse, le retour à la normale se fait aussi progressivement. Les cours ont repris, garantit Suum Valentine, le principal du collège. Les propos de ce prêtre sont vérifiés après une visite de plusieurs salles de classe…
Les effectifs, au moment où CT quittait l’établissement il y a quelques jours, était de 484 élèves, « contre plus de 900 avant », selon le principal.
La ville de Limbe présente un tableau similaire. Les différents établissements du chef-lieu du Fako, qu’il s’agisse du primaire ou du secondaire, enregistrent à nouveau l’animation des jours de classe.
A Mamfe, au lycée technique, malgré de violentes attaques subies, le cours normal des classes reprend. La variable reste les effectifs, actuellement fluctuants, allant parfois de 350 à 500 élèves, contre 1200 l’année dernière.