« Nous plaidons pour une meilleure application de la loi électorale »


Pr. Marie Thérèse A, Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille.

Madame le Ministre, comment appréciez-vous aujourd’hui la place qu’occupe la femme camerounaise dans la sphère politique de notre pays ?

Je voudrais d’entrée de jeu préciser que la place que la femme camerounaise occupe aujourd’hui en politique a été possible grâce à la volonté affirmée du chef de l’Etat, Son Excellence Paul Biya, pour qui l’équité et l’égalité des sexes constituent une préoccupation majeure. Il l’a maintes fois réaffirmé lors de ces discours adressés à la Nation ; En plus, lors du «Women in Parliaments Global Forum support to the UN Women HeforShe campaign à Mexico, il a réitéré qu’il fera de la parité homme femme une réalité. « … Nous souhaitons plus de femmes dans les parlements et comme décideurs politiques, car c’est une question d’équité et de respect du genre. L’égal accès des femmes aux postes de décision et la lutte contre toutes formes de discrimination sexiste participent indéniablement à la construction d’une société humaine plus ouverte et juste ». Il revient donc aux femmes, de savoir mériter cette haute sollicitude. C’est pour cela que nous saisissons l’occasion que vous nous offrez pour demander aux femmes de s’inscrire davantage sur les listes électorales, de constituer les listes. Et d’aller voter le moment venu.

On remarque néanmoins que les femmes représentent près de 51% de la population camerounaise, selon les statistiques du dernier recensement général de la population et de l’habitat. Que ce soit au sein des structures des partis politiques ou dans les autres instances de décision (Parlement, conseils municipaux) elles sont moins représentées. Comment appréciez-vous cela ?

La participation politique des femmes peut être mesurée sur plusieurs périodes de l’histoire politique du Cameroun. Globalement, bien que faible, considérant le nombre et le niveau d’engagement militant des femmes, la participation politique des femmes a connu une progression plutôt positive et appréciable à partir de 1982. Une impulsion remarquable est amorcée dès 2012, soutenue certainement par l’adoption de la loi N° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral du Cameroun. Cette loi a eu le mérite d’envisager la réduction du déficit de genre observé dans la gouvernance électorale, par l’insertion des dispositions prescrivant la prise en compte du facteur genre dans le processus. Ainsi, les articles 151, 164, 181 et 218 du Code électoral visent à améliorer durablement la participation politique des femmes. Ce texte a contribué à accroître de 124 %, la proportion des femmes siégeant à l’Assemblée Nationale à l’issue des législatives du 30 septembre 2013. Il est important de relever le rôle majeur joué par les femmes elles-mêmes en tant que relais du plaidoyer pour l’amélioration de leur implication en politique, auprès des dirigeants de leurs partis politiques, ainsi que leur engagement personnel et leur détermination à s’investir elles-mêmes dans le processus de reconnaissance de leurs droits à un meilleur leadership. A cet égard, il s’est agi, pour celles qui ont osé s’exprimer, de développer l’estime de soi, la confiance et l’affirmation de soi, de revendiquer un meilleur positionnement sur les listes de candidature, mais aussi de communiquer sur leurs réalisations au cours de leurs mandats, de même que la mise en avant du marketing de leurs projets de société pendant la campagne électorale.

On a coutume de dire dans les structures politiques que la femme est un frein à l’évolution de celle-ci. Comment régler cet aspect négatif de la perception de l’opinion sur le rôle de la femme en politique ?

Ce problème n’est pas l’apanage des femmes. Le milieu politique est un milieu dans lequel il faut exprimer son leadership. Et dans ces conditions, la bataille peut s’avérer âpre. Mais, nous sensibilisons les femmes à faire preuve de solidarité vis-à-vis des autres ; que celles qui sont déjà avisées coachent les nouvelles, qu’elles les tiennent par la main et les aident à grandir aussi. C’est autant de sujets que nous abordons lors des séances de renforcement des capacités politiques des femmes.

Le Cameroun est engagé dans une année qui se veut électorale, comme l’a indiqué le président de la République dans son message de fin d’année à la Nation, que fait votre département ministériel pour amener le maximum de femmes à s’inscrire sur les listes électorales ?

Le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, en partenariat avec les partenaires au développement et la Société civile, mène des activités de sensibilisation des femmes et filles en âge de voter, de renforcement des capacités politiques des femmes, de massification des femmes sur les listes électorales. Dans ce cadre, des cellules d’alerte contre les violences faites aux femmes pendant et après les élections seront mises en place en partenariat avec la société civile. Ensemble nous avons élaboré depuis 2014 un document sur Genre, leadership et participation des femmes au Cameroun, intitulé « le Cameroun sur le Chemin de la parité» ; en outre en prélude aux prochaines élections, nous avons révisé le manuel de formation politique des femmes. Ensemble nous menons le plaidoyer pour une meilleure représentativité politique des femmes. Dans ce cadre, nous avons organisé 10 éditions de café genre dans les dix régions du pays. Ce sont des espaces de dialogue, des plateformes d’échanges en vue d’accroitre la représentation politique des femmes. A l’issue de ces différentes rencontres, une feuille de route a été élaborée, une task force est à pied d’œuvre pour réfléchir sur un Plan d’Action national, prenant en compte les besoins spécifiques de chaque Région. Ce plan d’action sera mis en œuvre dès cette année 2018.

Nous encourageons également les candidatures féminines compétentes. Nous plaidons pour que les listes soient genrées conformément à la loi électorale.

Comment procéder pour avoir le maximum de femmes au Parlement ou à la tête des exécutifs communaux au sortir des prochaines échéances électorales ?

La sensibilisation continue ; mais au-delà du maximum de femmes que nous voulons avoir à la tête des exécutifs municipaux ou au Parlement, nous mettons l’accent sur la valorisation des compétences politiques féminines pour que ce ne soit pas qu’une simple question de pourcentage, mais plus une représentation dynamique et agissante des femmes dans la vie politique de notre pays.


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