Lutte contre le terrorisme: les polices africaines au front


Le choix de Yaoundé pour abriter les assises qui démarrent demain atteste de la reconnaissance du rôle que jouent le président Paul Biya et le Cameroun dans ce combat

Le Palais des Congrès de Yaoundé accueille à partir de demain une réunion de haut niveau sur le terrorisme en Afrique centrale et de l’ouest. Cette rencontre dont les cérémonies d’ouverture et de clôture seront présidées, au nom du chef de l’Etat, par le ministre, secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh  Ngoh, est initiée par l’Organisation internationale de la police criminelle (OIPC-INTERPOL). Les assises que le Cameroun accueille dans les prochaines heures, en reconnaissance du rôle qu’il joue dans la lutte contre le terrorisme, sont d’autant plus importantes qu’elles visent à renforcer l’échange d’informations entre polices pour combattre plus efficacement les hommes et les femmes sans foi ni loi qui sèment mort et désolation  dans les pays du bassin du Lac Tchad et  dans une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest.

Le terrorisme, il convient de le rappeler, est un fléau qui n’épargne aujourd’hui aucun continent, ni pays. En témoignent les attaques mortelles enregistrées récemment aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en France, en Espagne. En Afrique centrale et de l’ouest, régions  au cœur  des préoccupations de l’OIPC-INTERPOL, la situation est plus grave en termes de dégâts. En effet, s’adressant le 22 septembre dernier à la communauté internationale du haut de la tribune des Nations unies à New York, le président de la République, Paul Biya, a relevé, pour le déplorer, que « le nombre de victimes de Boko Haram dans le bassin du Lac Tchad est estimé à 2000 ». Les populations de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, du Nord du Nigeria et de l’Ouest du Tchad vivent au quotidien dans la hantise d’une attaque s’achevant généralement par des pertes en vies humaines, la destruction des biens. Un lourd bilan auquel il faut ajouter de nombreux déplacés et des réfugiés. Le Cameroun, à lui tout seul, accueille 350.000  refugiés dont la prise en charge est particulièrement onéreuse.

Pour mettre hors d’état de nuire Boko Haram, le président Paul Biya appelle à « une mobilisation générale accrue » de la communauté internationale. Un appel qu’a certainement entendu l’OIPC, qui  tentera de le traduire en actes concrets demain et après-demain à Yaoundé. En Afrique de l’ouest, la situation n’est guère plus reluisante. Le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Nigeria sont les principales victimes des terroristes. Dans cette région du continent, évolue un ensemble diffus de mouvements djihadistes dont le projet est, pour certains, l’instauration d’un Etat islamique au Mali, régi par la sharia et pour d’autres, la création d’un grand califat mondial. Ces groupes, quelque 3000 combattants, se revendiquent d’Al-Qaida ou de l’Organisation Etat islamique. Il s’agit notamment d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Signataires par le sang, Mouvements pour l’unicité et le Djihad en Afrique de l’ouest,  AI-Mourabitoune et le Front de libération du Macina. 

Pour combattre ces groupes djihadistes, les armées nationales sont soutenues par des partenaires multinationaux comme l’ONU, qui a mis sur pied la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies au Mali (MINUSMA) qui compte 6000 hommes et des partenaires bilatéraux comme la France, avec l’Opération Barkhane (3000 militaires) qui couvre la région du Sahel. Les groupes terroristes ayant opté pour le renouvellement constant de leurs méthodes et tactiques en vue de prendre au dépourvu les armées nationales et les forces multinationales, il appartient aux participants à la rencontre qui s’ouvre demain à Yaoundé à l’initiative d’INTERPOL, de préconiser des actions pour mettre ces nébuleuses hors d’état de nuire en Afrique centrale et de l’ouest.

 

Michel Koua: « Nous devons intensifier le renseignement »

Chef de Bureau régional INTERPOL pour l’Afrique centrale.

Quelle est la situation du terrorisme dans notre sous-région ?

Comme vous le savez, notre sous-région d’Afrique centrale est entourée par plusieurs foyers terroristes qui représentent des menaces directes ou indirectes. Je citerai par exemple  les différents groupes terroristes du nord Mali (AQMI, GSPC, ANSARDINE, etc.), l’Etat islamique en Libye, El Shebab en Somalie, dont des liens sont soupçonnés avec certains groupes armés qui opèrent à l’est de la RD Congo. Il faut ajouter à cela, la situation d’insécurité qui prévaut en République centrafricaine. Enfin, notifier également le groupe islamiste Boko Haram, dont les actions visent directement deux pays de notre sous-région à savoir le Cameroun et le Tchad.

S’agissant de ce dernier groupe, ses actions se manifestent par des attentats-suicides perpétrés dans l’Extrême-Nord du Cameroun et au Tchad, précisément dans la région du Lac Tchad ; des attaques de villages pour leur ravitaillement ; des assassinats ciblés des chefs de village et des membres de comités de vigilance ; des attaques des positions des forces de défense et de sécurité ; des enlèvements et viols.

Dans quel contexte se tient cette réunion qui verra la participation des 24 chefs de police de l’Afrique centrale et de l’ouest, celle du secrétaire général d’INTERPOL ?

Cette réunion se tient dans un contexte où les attentats terroristes commis à travers le monde ont atteint des proportions inquiétantes de par leur niveau de violence et leur impact sociétal. Ainsi, les menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité  touchent désormais toutes les régions, y compris la nôtre. C’est raison pour laquelle cette réunion de haut niveau sur le terrorisme est organisée par INTERPOL, avec les chefs de police de l’Afrique centrale et de l’ouest. Elle a pour thème « Lutter contre le terrorisme en Afrique centrale et de l’ouest ». Comme vous le savez, INTERPOL attache une grande importance au renforcement et à l’adaptation de sa stratégie antiterroriste mondiale, pour aider plus efficacement ses pays membres à lutter contre le terrorisme. Pour ce qui est des objectifs de cette réunion, nous voulons informer les chefs de police de l’Afrique centrale et de l’ouest sur l’orientation de la stratégie antiterroriste mondiale d’INTERPOL et sur les capacités policières mises à la disposition des pays membres ; identifier les défis liés au terrorisme et les besoins des polices de l’Afrique centrale et de l’ouest ; offrir un cadre de dialogue pour rapprocher les chefs de police d’Afrique centrale et de l’ouest et faciliter ainsi l’échange d’informations, le partage des données  et la coordination entre les services chargés de l’application de la loi.

Les récents actes terroristes perpétrés un peu partout dans le monde montrent  les limites de la collaboration entre les polices. Est-ce le cas en Afrique Centrale et que fait votre bureau pour que la collaboration entre les polices soit permanente et efficace ?

A mon avis, les récents attentats terroristes perpétrés dans le monde ont de plus en plus rapproché les services de police. Je citerai comme exemple l’étroite collaboration des polices de la France, de la Belgique et des autres pays européens qui ont échangé des informations et ont partagé des données pour rechercher et interpeller les différents auteurs de ces actes terroristes. Il s’agit là d’un exemple à suivre. Si les criminels ne respectent plus les frontières, il faut que les polices du monde soient unies pour agir ensemble. C’est en cela que la vision d’INTERPOL a un sens « Relier les polices pour un monde plus sûr ».

Les récents attentats perpétrés dans le monde ont démontré que les terroristes n’ont plus besoin de moyens logistiques conséquents ou de beaucoup de temps pour perpétrer des attentats. Ils utilisent les moyens de bord, comme un couteau de cuisine ou bien un camion bélier. Ceci m’amène à dire qu’en plus de la collaboration entre les polices, il faut intensifier le renseignement. Cela doit être la responsabilité de chacun de nous.

S’agissant de notre sous-région de l’Afrique centrale, je dirai qu’en matière de lutte contre le terrorisme,  la collaboration entre nos différents services chargés de l’application de la loi est excellente. Non seulement les renseignements sont partagés, mais il y’a également des opérations militaires communes qui sont organisées pour combattre les éléments du groupe Boko Haram. Sur ce dernier point, la mise en place de la Force mixte en est une parfaite illustration. Le Bureau régional INTERPOL pour l’Afrique centrale mène des activités qui entrent en droite ligne de la mise en œuvre de la stratégie d’INTERPOL dans la lutte antiterroriste mondiale. Il facilite l’échange d’informations entre les polices de notre région, organise des séances de formation pour renforcer les capacités opérationnelles des cadres et agents des services chargés de l’application de  loi. Il organise des réunions de sensibilisation sur les différentes formes de criminalité en émergence dans notre région.  Enfin, il coordonne les opérations de police.


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