Rencontre : le grand retour de Toguy

Sur la scène du Fenac, le public a renoué le contact avec Toto Guillaume en retrouvant avec bonheur les chansons à succès de cette icône de la musique camerounaise.

Après 30 ans d’absence sur la scène musicale camerounaise, le public a retrouvé son « Toguy » national sur le podium de la 8e édition du Festival national des arts et de la Culture (Fenac). C’était à l’occasion d’un concert au Musée national, village du festival le 8 novembre dernier. Lorsque Toto Guillaume monte sur scène, le public est en extase avec des ovations et des cris de joie. « C’est quand même le roi du makossa. Il nous a tellement manqué », entend-on dans la foule. Débordant d’énergie et bonifié comme du vieux vin, avec sa guitare en bandoulière, Toto Guillaume s’est prêté au jeu avec ce public chaleureux sur le choix des chansons à interpréter sur scène. Un choix difficile entre  « Dibena » et « Elimbi na Ngomo ». Mais, il a réussi, au final, à satisfaire les goûts de tout le monde. Au son de la guitare, le public est euphorique en réécoutant ces titres à succès qui ravivent les souvenirs de ses fans d’un certain âge.  

Un accueil chaleureux que ce même public lui a réservé le 13 novembre dernier à 1h du matin à l’occasion de l’élection de Miss FENAC. « Je suis émue. Ça faisait longtemps que je n’avais plus de ses nouvelles et ça fait toujours plaisir de revivre en direct ses morceaux qui ont tant fait rêver la génération de cette époque », lance une fan.  

Pour témoigner la reconnaissance de la nation à cette grande figure de la musique camerounaise, « Toguy », le chanteur aux multiples casquettes, (artiste-musicien, auteur-compositeur, arrangeur, producteur, etc.) s’est vu décerner par le président de la République, Paul Biya, la médaille de chevalier de l’Ordre de la valeur à cette occasion. Un honneur et une fierté pour l’artiste pluridimensionnel après plus de 45 ans de bons et loyaux services de fidélité et de bravoure à un rythme : le makossa. « Je tiens à exprimer ma joie et dire merci », s’est-il réjoui. Des moments inoubliables en somme. CT a rencontré Toto Guillaume, qui se confie dans un style dont lui seul a visiblement le secret.

« Je n’ai jamais cherché à être célèbre »

Toto Guillaume, artiste-musicien et auteur-compositeur.

Cela fait des lustres que le public camerounais a perdu votre trace, et très peu dans la jeune génération vous connaissent. Que devient Toto Guillaume ?

Je me pose cette question : est-ce parce que ce public était dénué de sens ? Peut-être que c’est une trace laissée sur le sable au bord d’une plage que les eaux de la marée haute ont effacée. Est-ce à dire que quelques jours après ma transition, mon œuvre sera perdue à jamais ou oubliée ? Je déplore le drame de l’oubli. Le néant se nourrit par la plénitude, le vide par le plein, Toto Guillaume est une âme qui s’est incarnée dans le monde des vivants, une âme qui s’exprime à travers la guitare, la composition, les arrangements, les paroles, l’orchestration, l’enseignement musical, etc. L’esprit qui stimule les cellules nerveuses de mon cerveau accomplira sa fonction jusqu’à la fin de ses jours.

Vous étiez très actif dans l’encadrement des plus jeunes (Douleur, Grâce Decca, Belka Tobis, Longue Longue) Mais là encore, votre « patte » se raréfie aussi. Pourquoi ?

La vie humaine est un parcours qui va de la naissance à la mort et qui comprend des étapes autant de changements et de passages qui prennent figure de mort et de renaissance. Les moments qui rythment la vie de tout être humain sont régis sur les quatre saisons. La mienne a plusieurs cordes qui nécessitent que chacune d’elles soit bien accordée sur la fréquence du grand diapason. Faire des arrangements, jouer d’un instrument sur une scène c’est bien, mais la vaine gloire nous guette pour l’évolution d’une personnalité. Il en faut plus. Il faut se préoccuper avant tout de savoir conduire sa vie pour obtenir le bonheur vrai. Et pour que notre vie soit une œuvre d’art, il y a des choses qu’on est tenu de savoir. Celle sans lesquelles on ne peut vivre dans les deux réalités, évoluer et éclore au sein de l’éternité en tant que fils du très haut ou en tant que fils des étoiles. La vie d’un artiste ne se limite pas à monter sur une scène. La musique est l’une des cordes. Pour évoluer, il faut acquérir toutes les connaissances qui permettent l’évolution.

Votre dernier album studio date de 30 ans… Pourquoi priver votre public aussi longtemps ?

Le monde de l’actualité a horreur du silence, des pauses, des points d’orgue. Hélas au-delà de ce monde, la vie existe. Le salut ne viendra automatiquement qu’à la suite des efforts qu’on fournira. Je sais que nos jours sont comptés inexorablement. En considérant que l’espérance de vie est de 100 ans,  cela ne fait guère que 36 000 jours à vivre. Pour avancer dans cette jungle, les 36 000 jours dont on parle, ça voudrait dire que ces jours ont servi inutilement. Je pense que non, parce que pour avancer, il faut acquérir des connaissances, il faut se développer, s’armer comme disait un vieux sage avant de pénétrer dans l’arène de la vie, acquérir le flambeau de la science et de la connaissance qui éclaire le chemin et le but.

Avez-vous conscience de votre responsabilité dans la pérennisation du patrimoine musical camerounais, notamment le makossa dont vous êtes l’un des plus éminents dépositaires ?

Regarder cette grande pièce de théâtre où chacun tient son rôle et joue sa propre comédie. Il y en a qui font du cinéma. Je pense que les responsabilités sont partagées. Il n’y a pas de fatalité, ce qui peut sembler comme des manquements, est un regard immédiat, comme ce n’est pas encore la fin de l’histoire, attendons de voir et je pense que la clarté se fera avec le temps.

Quel regard portez-vous sur la musique camerounaise aujourd’hui ?

Je m’intéresse surtout à la vie des individus avant de porter un regard sur leurs activités. Sensible à la grandeur de l’homme comme ces tâtonnements, mon regard est de bienveillance comme un père qui aime ses enfants. J’apprécie tout ce qu’ils font, j’apprécie la démarche qui semble facile. En fait, chaque personne qui veut pénétrer dans le monde invisible des sons comme j’ai l’habitude d’appeler, est en phase avec un certain plan de la création. Je ne peux souhaiter qu’à chacune et à chacun de savoir qu’il faut s’armer de patience, d’efforts et avoir un regard critique dans le bon sens du terme, parce qu’en même temps, on ne peut se dire que tout va bien.

N’avez-vous pas le sentiment en tant qu’ancien et leader, d’avoir abandonné à elles-mêmes, les jeunes générations ?

Personne n’a été abandonné. Que les âmes s’aguerrissent. Un bon éducateur sait aussi priver ceux qu’il éduque de ce dont il souhaiterait avoir parce que nous pensons que c’est facile de tout avoir, mais ainsi est faite la vie, tout est là, mais en même temps, tout le monde ne mérite pas tout, surtout au moment où on n’est pas prêt à le recevoir. Les voies du Seigneur sont insondables peut-être pour certains, mais, ce n’est jamais un abandon en tant que tel. Peut-être que le fait qu’il y ait cette absence nous fait prendre conscience des belles valeurs que nous avions et que nous négligeons tout simplement.

La toute première édition du festival de makossa vous a récemment rendu un vibrant hommage. Que représente pour vous cette marque de reconnaissance ?

Ma devise c’est : semer, croître et récolter. Avoir de belles fleurs dans son jardin au printemps est un signe que la terre a été élaborée, que les graines ont été plantées, que les épis ont poussé, tout ce qui peut en découler n’est que résultat concret et normal. Ça peut être flatteur. La reconnaissance, c’est bien, mais je pense que nous avons célébré la pose de la première pierre du FESMAC. Les retrouvailles de ceux qui ne s’étaient pas vus depuis un long moment, qui ont partagé la même scène pour la première fois. Nous avons ravivé la mémoire de ce grand patrimoine qu’est le makossa. Toguy n’a jamais cherché à être célèbré. Car, de par ma présence et mon œuvre, je célèbre la vie.

Vous étiez au FENAC 2016, où comme d’autres icônes de la culture camerounaise, vous avez été distingué par le président de la République. Comment percevez-vous cette distinction ?

Je suis fier de penser qu’après plus de 45 ans de bons offices remplis avec fidélité et bravoure, le Cameroun, officiellement sur proposition du ministre des Arts et de la Culture le Pr. Narcisse Mouelle Kombi m’accorde une distinction honorifique, en l’occurrence le grade de chevalier de l’Ordre de la valeur. Je tiens à exprimer ma joie et dire merci. Cela me fait penser que mon œuvre même modestement a contribué à la construction du grand pont pour la traversée des deux rives. Je suis rempli de joie.

Peut-on espérer vous voir désormais plus présent sur scène ou dans l’encadrement des jeunes, notamment ceux qui évoluent au Cameroun ?

Je tends à terminer l’œuvre que j’ai commencée il y a un peu plus de 45 ans. Ça ne se résume pas simplement en la formation des uns et des autres. D’autant que j’ai constaté qu’on a tendance à chercher soit à effacer ou à falsifier ce qui a été édifié et ce qui a été écrit dans l’histoire. Désormais, je défendrais cette œuvre avec force parce que je peux le dire avec autorité, c’est une belle œuvre, elle est magnifique, pleine de très belles mélodies, de très belles paroles. Elle est riche en harmonie, en arrangement, en contre point, en orchestration. C’est une œuvre hors du temps. Etant encore vivant, je tiens à déclarer que la plus belle œuvre c’est d’abord moi qui parle et au-delà, la présence rayonnante de tout ce que j’ai pu faire, en toute humilité, gratitude pour mes semblables dans le monde vivant au Cameroun ce pays que j’aime.

Un organisme de gestion collective en vue

Décision n°0141/MINAC/CAB du 31 juillet 2017 portant création et organisation de la plateforme spéciale de travail pour la mise en place de l’organisme de gestion collective du droit d’auteur de l’art musical.

Le ministre des Arts et de la Culture décide :

CHAPITRE I

DISPOSITIONS GENERALES

Article 1er.-  Il est créé, pour compter de la date de signature de la présente Décision, une Plateforme Spéciale de Travail pour la mise en place de l’Organisme de Gestion Collective (OGC) du droit d’auteur de l’art musical, ci-après désignée la « Plateforme Spéciale ».

Article 2.-  (1) Placée sous l’autorité du Ministre des Arts et de la Culture, la Plateforme Spéciale est notamment chargée:

– des travaux préparatoires de la mise en place concertée et consensuelle d’une nouvelle société de gestion collective de l’art musical;

A cet effet, elle :

– propose les mesures consensuelles et adéquates en vue de la convocation d’une Assemblée Générale constitutive, unitaire et inclusive, d’un nouvel OGC du droit d’auteur de l’art musical conforme aux lois et règlements en vigueur. Dans l’esprit des Hautes prescriptions du Président de la République tendant à un règlement général de la question des droits d’auteurs dans le domaine de l’art musical au Cameroun et des orientations arrêtées par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, ce nouvel OGC devra fédérer toutes les tendances, anciens OGC (CMC-SOCAM) et autres protagonistes anciens ou nouveaux, et tenir compte de l’ensemble des ayants-droit régulièrement inscrits sur le Fichier National des Titulaires de Droits de la catégorie;

– propose des projets de statuts, règlement général et code électoral du nouvel OGC ;

– propose le calendrier de la tenue de l’Assemblée Générale constitutive unique et unitaire du nouvel OGC;

– examine les voies et moyens d’une part du retrait des plaintes et autres requêtes introduites par les anciens OGC auprès des juridictions contre les actes administratifs; d’autre part de l’assainissement judiciaire du secteur de la gestion collective de l’art musical;

– examine, le cas échéant, la question de la sauvegarde et de la Sécurisation des intérêts des anciens OGC et indique les mécanismes juridiques ou autres permettant de recouvrer, au bénéfice des ayants-droit, des créances qui seraient dues à tel ou tel ancien OGC. Il en est ainsi particulièrement de la somme de plus de 2 milliards de francs CFA dont l’existence est alléguée par l’ex-CMC et dont la preuve devra être préalablement rapportée ;

– propose une équipe consensuelle d’administrateurs de la nouvelle OGC.

                  (2) En tout état de cause, la Plateforme Spéciale devra, dans la mesure du nécessaire, tenir compte des acquis des travaux de la première Plateforme de l’art musical (Note de Service n°0011/MINAC/CAB du 10 avril 2017).

CHAPITRE II

ORGANISATION ET FONCTIONNEMENT

Article 3.- (1) La Plateforme Spéciale est constituée ainsi qu’il suit:

Président: Une personnalité indépendante jouissant d’une réputation professionnelle établie dans le domaine du droit

Assisté de deux Vice-présidents.

Un conseiller: Représentant de la Commission de Contrôle des Organismes de Gestion Collective (CCOGC) ;

Membres:

– Des membres de la première Plateforme de l’art musical;

– Les responsables ou représentants des anciens OGC et autres tendances à raison de deux (02) par structure ;

– Des experts, personnalités ayant des compétences avérées en matière de droit d’auteur ou de gestion collective;            

– Des promoteurs culturels.

                   (2) Les responsables et les membres de la Plateforme Spéciale sont désignés par une Note de Service du Ministre des Arts et de la Culture. Leur nombre total des membres ne peut excéder trente (30).

Article 4.-  Le Secrétariat de la Plateforme est assuré par deux (02) rapporteurs, responsables de la Division des Affaires Juridiques du Ministère des Arts et de la Culture.

Article 5.- Le Président de la Plateforme peut inviter toute personne à, prendre part aux travaux en raison de ses compétences sur les points inscrits à l’ordre du jour.

Article 6.- (1) La Plateforme Spéciale se réunit, en tant que de besoin, sur convocation de son Président ou selon le chronogramme qu’elle se fixe.

                 (2) Le quorum est atteint en présence de la majorité simple des membres.

Article 7.- (1) La Plateforme Spéciale dispose d’un délai de 10 jours après sa mise en place pour présenter son rapport et ses propositions au Ministre des Arts et de la Culture. Ce délai peut être prorogé par le Ministre des Arts et de la Culture en cas de nécessité sur demande motivée du Président.

                 (2) Elle est dissoute de plein droit dès le dépôt du rapport et des propositions susvisés.

CHAPITRE III

DISPOSITIONS DIVERSES ET FINALES

Article 8.- Les fonctions de Président, de membre de la Plateforme Spéciale, ainsi que de Rapporteur sont gratuites.

Article 9.- Les frais liés au fonctionnement de la Plateforme Spéciale sont supportés par le budget du Ministère des Arts et de la Culture (Compte d’Affectation Spéciale pour le Soutien de la Politique Culturelle).

Article 10.- La présente Décision sera enregistrée et communiquée partout où besoin sera.

 

Yaoundé, le 31 juillet 2017

Le ministre des Arts et de la Culture

(é) Pr. Narcisse MOUELLE KOMBI

Cinéma : le festival de Cannes 2020 reporté

Initialement prévu du 12 au 23 mai, le rendez-vous annuel du 7e art sur la Croisette a été reporté. La décision attendre officiellement le 15 avril au cours d’une réunion entre les organisateurs a finalement été prise le 19 mars dernier au vu des risques sanitaires dus au Covid-19. Dans un communiqué de presse, l’équipe du festival a exprimé son souhait de décaler la manifestation à juin ou juillet prochain, si les conditions sanitaires le permettent. « Dès que l’évolution de la situation sanitaire française et internationale nous permettra d’en évaluer la possibilité réelle, nous ferons connaître notre décision, dans le cadre de la concertation actuelle avec l’Etat et la mairie de Cannes, ainsi qu’avec le conseil d’administration du Festival, les professionnels du cinéma et l’ensemble des partenaires de la manifestation », peut-on lire dans un communiqué des organisations.

Protais Yumbi: « Je veux réhabiliter les figures de l’histoire du Cameroun »

Auteur de la biographie intitulée «Joseph Cunibert Nkondongo Obama », paru aux éditions L’Harmattan en 2015

 

Vous êtes écrivain congolais, arrivé au Cameroun il y a dix ans. Qu’est-ce qui vous a poussé à rédiger une biographie de l’ancien directeur de l’école primaire St Joseph de Mvolyé ?

Le personnage de Joseph Cunibert Nkondongo Obama (1913-1980, Ndlr) m’a marqué parce que c’est un homme qui a beaucoup travaillé pour le Cameroun. Grand séminariste à Mvolyé,  au grand séminaire St Laurent comme cela s’appelait alors, il décide d’intégrer l’administration coloniale. Après avoir été retenu comme moniteur agricole, il change à nouveau de trajectoire pour devenir instituteur à la mission catholique. Mais à un moment donné, ne trouvant pas le salaire décent, il décide de rejoindre l’administration postale. Ce départ crée une panique, au point où les missionnaires demandent aux chrétiens de faire des neuvaines de prière pour qu’il revienne. Moi, c’est ce qui m’a surpris. Seulement, après l’avoir appris, je suis allé dans les bouquins, où je n’ai vu aucune trace de lui, mais plutôt les noms de ses contemporains : Joseph Ayissi, Pierre Mebe… je me suis dit que c’est une forme d’injustice, et j’ai essayé de la corriger.

Est-ce que la similitude de vos parcours, puisque vous avez aussi été séminariste, n’est pas pour beaucoup sur le choix porté sur sa personne ?

C’est aussi cela. J’ai été fasciné d’apprendre que c’était l’un des condisciples de Mgr Paul Etoga, le tout premier évêque camerounais. Mais c’est surtout son dévouement qui m’a guidé. Joseph Cunibert a contribué à la formation de la jeunesse camerounaise. Enseignant à Mvolyé, il était un nationaliste dans la mesure où dans les années 40-50, il demandait à ses élèves de chanter le « ô Cameroun berceau de nos ancêtres » plutôt que « la marseillaise », plus de dix ans avant l’indépendance. Les autres instituteurs avaient peur de le faire. C’est une marque de courage.